José-Luis fait partie de ces dessinateurs qui ont de l’encre qui coule dans les veines et dont le talent transpire un peu plus à chaque publication. Né à Lorca en Espagne en 1972, il étudie aux Beaux-Arts de Grenade. Puisant son inspiration graphique aux sources de la bande dessinée franco-belge avec André Franquin et Hergé comme maîtres, son dessin humoristique ne trouve pas d’épanouissement dans son pays.

Le style éditorial espagnol ne répondant pas à ses attentes, il se tourne vers la France et va présenter ses dessins lors d’un festival à Angoulême. Il a l’opportunité de rencontrer Joann SFAR avec qui il sympathise et lui permet, à 24 ans, de publier sa première BD, « Les Potamoks » aux éditions Delcourt. Trois albums vont s’enchaîner en l’espace de deux ans. Tous deux se tournent alors vers l’éditeur Dargaud pour proposer les aventures humoristiques et empreintes de beaucoup de tendresse du jeune enchanteur « Merlin ».

José-Luis nous démontre alors toute son efficacité puisque six albums vont se succéder jusqu’en 2003 pour cette série initiée en 1999, année de sa rencontre avec un autre grand scénariste en devenir, Jean-David Morvan. Le duo concocte « Sir Pyle S. Culape », des histoires truffées d’humour dans lesquelles un médecin peu conventionnel soigne des patients qui ne le sont pas moins comme des monstres ou des créatures étranges. Trois albums paraissent avec un intermède en 2000 : l’adaptation en BD de « La route d’Eldorado », dessin animé réalisé par Eric Bergeron.

C’est en 2004 que le tandem José-Luis & Jean-David se voit confier la difficile tâche de reprendre la série des aventures du célèbre groom Spirou. Initiée par Rob-Vel et portée au pinacle par Franquin, tout le monde sait ce que représente ce personnage et quelles sont les difficultés qui attendent les auteurs pour donner un peu de modernité au héros tout en préservant sa personnalité. D’autant plus que c’est un des personnage qui à entraîné José-Luis dans ce métier. Conscients qu’on les attendra au tournant, ils se jettent corps et âmes dans la bataille.

Le dynamisme du dessinateur y explose, tant dans les mouvements des personnages que dans les cadrages ou la mise en page. Ce seront 4 albums qui auront apporté du sang neuf à la série, mais dont le modernisme cinématographique à aussi trouvé ses détracteurs. Le cinquantième album qui retrace par divers voyages dans le temps les aventures vécues par Spirou  sera celui par lequel ils passeront la main, non sans une certaine amertume… Mais José-Luis, loin de se laisser décourager ressort de ses cartons un projet qui lui tenait à cœur, « Le signe de la lune » sur un scénario de Enrique Bonet, paru en 2009 chez Dargaud . Une histoire plus « sérieuse », plus sombre avec sa part de cruauté et de rêve, de mystères et de croyances.

C’est aussi un superbe graphisme accompagné d’une touche de bichromie qui sert le scénario avec beaucoup de talent. Jean-David lui propose aussi de mettre en images la jeunesse de Nävis, héroïne de son succès « Sillage » avec Philippe Buchet au dessin. Cinq albums sont parus jusqu’en 2009. De 2010 à 2011, José-Luis scénarise et dessine trois BD de « Walter le loup » truculentes histoires d’un gentil loup moyenâgeux et de ses péripéties agrémentées de clins d’œil à Merlin ou aux personnages de Tolkien.

En 2011, c’est avec son compatriote Juan Diaz Canales connu pour les scénarios de « Blacksad » qu’il publie le diptyque « Fraternity » histoire d’une tentative communautaire qui se veut à l’abri de la guerre de sécession mais avec la fragilité qu’implique son ouverture aux égarés de la vie. Un nouveau récit empreint d’une profonde sensibilité. Après nous avoir enchantés par sa présence lors du festival Strasbulles en 2009, c’est avec beaucoup de plaisir que nous retrouvons cet auteur talentueux comme parrain de l’édition 2012.

Alain PETTMANN