Né le 18 septembre 1964 à Paris d’une famille originaire d’Espagne, Emile Bravo fait de courtes études d’histoire de l’Art avant d’exercer le métier d’illustrateur publicitaire. La passion de la bande dessinée l’amène à s’installer dans l’atelier « Nawak » qu’il partage avec Lewis Trondhein, Joann Sfar, Christophe Blain, David B et Emmanuel Guibert. Ils sont rejoints par Marjane Satrapi, Marc Boutavant et Frédéric Boilet dans « L’atelier des Vosges ». Si Emile baigne dans la « BD alternative », il ne renie pas pour autant ce que les belles années de la bande dessinée franco-belge lui ont apporté. Son dessin reste proche de la ligne claire ; un charme et une certaine poésie se dégagent de toutes ses œuvres.

Avec son vieil ami Jean Régnaud, il décide de se lancer dans l’aventure ce qui va donner lieu à une collaboration durable. En 1990, ils publient « Ivoire », histoire d’un trafiquant en Birmanie dans l’entre deux guerres, suivi de la série « Aleksis Strogonov » déclinée sur trois albums. Cette série nous montre les débuts du bolchevisme lors de la guerre civile russe. Ils signent encore, en 2007, un album jeunesse « Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill » contant les difficultés d’une rentrée en maternelle. C’est en 1999, avec la publication de « L’imparfait du futur », premier volet de « Une épatante aventure de Jules » qu’Emile rencontre le succès. Auteur complet de cette série pré publiée dans « Okapi » dont le 5° volume est paru en 2006, il reçoit pour ce travail le prix Goscinny du meilleur jeune scénariste à Angoulême en 2002.

S’il montre une certaine prédilection à contenter les rêves d’aventure de son public jeunesse, Emile Bravo ne délaisse pas pour autant les adultes. D’ailleurs, s’il n’avait été l’auteur de BD que nous apprécions, il aurait été magicien pour être sûr de faire rêver. Emile continue donc les albums jeunesse avec des petits ours nains dans deux contes où les héros de notre enfance se retrouvent dans une même histoire, et Jules qui rejoint Alpha du Centaure en compagnie de Janet et d’une bande composée de savants loufoques, d’extra-terrestres et autres personnages déjantés pour des histoires à plusieurs degrés de lecture où l’on aborde des problèmes importants de notre époque.

Divers prix attribués par les milieux autorisés de l’Education et de la Bande Dessinée ont récompensé ses œuvres. Bref, tout fonctionnait tranquillement… Et puis, il y a eu Spirou…

Sollicité par les éditions Dupuis, Emile Bravo s’engage dans la réalisation d’un album « one shot » dans le cadre d’une série parallèle aux histoires de Spirou initiées par Rob-Vel, Jijé et Franquin et qui fait intervenir des auteurs différents. Ainsi, depuis 2007, Vehlmann et Yoann puis Le Gall et enfin Yann et Tarin nous ont conté des histoires du célèbre groom. Le quatrième album de cette série « Le journal d’un ingénu » est donc entièrement réalisé par notre parrain et répond enfin aux nombreuses questions que tout ADS (Ami de Spirou) se pose depuis longtemps: Pourquoi un groom ? Comment est-il devenu un héros ? D’où vient son amitié avec Fantasio ? Pourquoi Spip intervient-il régulièrement pour aider nos héros ? etc…

C’est avec une certaine douceur qu’il nous apporte des réponses, conférant aux personnages une dimension méconnue jusqu’alors, et ce sur un fond de conflit proche, mais sans jamais tomber dans le mélodrame. Et si l’ingénuité de Spirou ne peut lutter contre les forces en présence pour éviter le conflit, il nous montre que l’insouciance de la jeunesse est souvent meilleure conseillère que la triste réalité des adultes. On découvre ainsi pourquoi Spirou restera à une certaine distance de relations amoureuses, et surtout la prise de conscience de Spip qui de destructeur, deviendra l’aide précieuse de nos héros.

Le public ne s’y est pas trompé en plébiscitant la très grande qualité de cet album qui outre ses ventes de best seller sera récompensé de nombreuses fois. En mai 2008, la profession le consacre avec le prix des libraires, puis c’est le prix RTL qui lui est remis par René Pétillon au grand studio de la rue Bayard. C’est sans surprise qu’il se trouve en tête des classements sur les sites Internet et qu’il reçoit un prix essentiel au Festival d’Angoulême 2009 et honore l’édition 2009 de Strasbulles de son parrainage.