Par Emil FERRIS

 

De la difficulté de rédiger la chronique d’une telle lecture ! d’abord vous faire un petit rappel des voyelles de Rimbaud ! Presque toutes ont été utilisées pendant et après la lecture ! Même avant pour ma part ! L’attente, savamment ponctuée par ce vil tentateur d’éditeur dont quasi chaque publication, vu l’avez sûrement remarqué, est très attendue, doux euphémisme, et défendue ensuite par la libraire ! Attente donc parsemée d’extraits alléchants ! Puis la réception de la brique, du pavé, de ces 800 pages, oui 800 ! La plongée ensuite ! Et là, chat se complique ! Mais dans le sens d’une telle richesse de lectures que pétard, vais-je réussir à la lire jusqu’au bout enfin ? Car oui je vous parle d’un livre que je n’ai toujours pas fini ! Mais il me reste très peu de pages ! Et je suis sûre de la qualité de la fin !!!

 

Des chiffres aussi vertigineux que les 800 pages. 6, c’est le nombre d’années qu’a mis Emil Ferris pour la réaliser ! 48, le nombre de refus d’éditeurs ! Oui, 48 ! Il y en a qui maintenant, trois Eisner Award plus tard (si je ne me trompe pas, l’équivalent des Oscars pour la bande-dessinée), doivent encore se mordre les doigts ! Vive son éditeur américain ! 1, il y a un an, l’auteure était encore totalement inconnue et depuis, Art Spiegelmann ne tarit pas d’éloges, oui Monsieur Maus ! On y pense d’ailleurs souvent pendant la lecture !

Et se dire enfin, qu’il y a presque 20 ans et suite à un virus très grave, un neurologue lui a dit qu’elle ne marcherait plus et ne dessinerait plus !

Et bien de tout ça, vous arrivez à ce roman graphique, un de plus qui pour moi est le signe le plus beau que ce genre est vraiment vraiment vraiment intéressant !!!

 

Je n’aurais jamais cru que du stylo bille donnerait un tel rendu ! Oui, 800 pages au stylo bille ! On est surpris au début, déstabilisé ! Si l’on s’arrête à quelques pages, on ne continue pas forcément ! Mais réussissez à en avaler de plus nombreuses pages et c’est un délice ! De détails tout d’abord : l’auteure nous implique, nous intrigue, plein sont dissimulés dans les pages ! Un vrai dialogue, un vrai échange entre les mots et les dessins ! En plus du stylo bille, de ces détails, le rendu aussi étonne : pas de cases traditionnelles, mais les lignes, les marges, les spirales d’un cahier d’écolière, un journal intime ! Celui de Karen Reyes, fillette d’un quartier du Chicago des années 60, sujette aux moqueries de ses camarades à cause de son physique ingrat. Elle se réfugie dans son amour des monstres, ces montres de l’underground du cinéma d’horreur de l’époque auquel ce livre est aussi un hommage. Et puis il y a son frère, très protecteur, qui l’emmène aux musées, lui fait découvrir l’art. Sa mère qui essaie de les élever avec peu de moyens. Et un jour en rentrant, Karen va apprendre que leur voisine est morte. Et d’autres monstres vont apparaître : ceux du passé de cette voisine dans l’Allemagne nazie, ceux de ce quartier pauvre dans lequel Karen va enquêter, ceux de la littérature aussi, en premier Frankenstein ! Et zou, envie d’une relecture de Mary Shelley !

 

Impressionnant !

Impressionnée !

Merci merci merci Monsieur Toussaint Louverture !

Et psst, allez là aussi :

http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Livres/Emil_Ferris/Moicequejaimecestlesmonstres_Livreun_index.html

 

Caroline

Libraires du Chat Borgne