5 juin 2010


La forme est quelque chose de particulièrement important pour vous ?

C’est au final, ce qu’il y a de plus important. Qu’est ce qui peut varier sinon la forme ? On  a vu passer trop de bons scénarios qui tombaient à plat parce que l’auteur n’avait pas pensé à la forme. On a besoin de barrières, de cadres. Mes histoires marchent avec deux pages : avec trois, c’est plus difficile. Si l’on se fie aux structures formelles que l’on s’impose, ça devient plus simple. Il y a des moments où j’ai envie de développer, mais je n’y trouve pas une grande satisfaction. Et ça pose quelque fois des problèmes dans l’album. Il y a des histoires longues dans les Alpages, mais il n’y a plus le coté percutant du gag.

Quel est votre regard sur les travaux de l’Oubapo ?

Le problème de l’Oubapo, c’est qu’ils ont fait semblant de découvrir les règles de la bande dessinée qui existaient déjà. C’est simplement que des auteurs n’osaient pas utiliser ces règles. Les auteurs qui ont joué avec les règles de la bande dessinée sont très rares. Il y a eu des américains comme Herriman, mais il n’y en a pas eu tellement. Le reste des auteurs se contentent de raconter une histoire, et c’est alors un peu comme du cinéma dessiné. Cela n’a pas grand intérêt. Mais si vous lisez les textes de Rodolphe Töpffer, vous lisez déjà une partie de ce qu’avance l’Oubapo. Il s ont donné l’impression qu’ils découvraient quelque chose. Mais non ! Ils ont fait des exercices d’école, et souvent ces exercices sont un peu ennuyeux. Ce n’est pas ce que j’attendais de ce que l’on pouvait faire de la bande dessinée.

Vous avez traversé différents courant de la bande dessinée, quelle période vous a le plus marquée, le plus plu ?

Un auteur vous répondra toujours les dix premières années. Dans les années 70, il se passait quelque chose d’assez analogue de ce qui s’est passé dans les années 90, où tout le monde se connaissait par exemple, il y avait une véritable synergie. L’évolution de la bande dessinée en revanche, me plait beaucoup moins. Car il y beau avoir beaucoup plus de dessinateurs, nous n’avons pas pour autant pour autant plus de bons dessinateurs, au contraire. Les projets sont beaucoup moins audacieux qu’avant. On découvre aussi qu’il y a beaucoup de personnes qui savent dessiner, mais qui ne savent pas forcement raconter une histoire ? Il y a de grandes écoles, comme l’école espagnole avec Guarnido. C’est un excellent dessinateur, mais quand je lis ses albums, je m’ennuis. Nous sommes dans une culture de masse. Quand on commence a arrêté d’essayer de suivre la masse des livres qui sortent et de ne s’intéresser qu’aux livres qui nous plaisent vraiment, il n’y a plus grand-chose. La bande dessinée est un phénomène suffisamment riche pour qu’un auteur consciencieux trouve son public. Mais ce phénomène de masse touche aussi les lecteurs. Il y a un nombre impressionnant de collectionneurs qui achète 2000 livres, les plastifient et les rangent sans même les lire. Mes lecteurs, en dédicaces, se sont plusieurs générations, il y a des familles entières, et je pense que c’est quelque chose d’important, de trouver une sorte d’intemporalité.